CATSECRET@ LE BUSHI Epilogue.

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LE BUSHI, Epilogue.

Polar-Noir by CATSECRET The Original@ne

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SPECIALE EDITION : CLUB CATSECRET.

CATSECRET@ LE PETIT CINEMA DE 0h.

CHAP. 13

EPILOGUE.

Le Lundi matin 30 Mars 11h10.

(Place d'Italie, Le Central XIII.)

 

Clac, de la 1°.

Clap, fin film. De ma vie de Flic.

Face au Central XIII, Boulevard de L'Hopital, il n'y avait rien.

La bête fulgurance, de l'évidence de cet instantané, s'imposa brusquement. Un instant. Dans mon esprit. Comme le subit, d'un bref arrêt, sur image. Il n'y avait pas une voiture. Pas un piéton. Pas un seul vélo. Pas une moto. Pas l'ombre de la truffe d'un toutou. Collée au pneu d'une voiture. Pas l'oreille d'un seul matou. Sortant d'une poubelle. Rien qui bougeait. Pas un oiseau. Pas une mouche. Même pas une feuille.

La voie était libre. Totalement, libre. Il me suffisait juste d'un coup d'accélérateur. Juste un simple petit geste à faire. Pour prendre la route. Tout allait bien. A part, ce bête truc. Cette étrange sensation. Inqualifiable. Bizarre. Devant cette absence de circulation automobile. Cet espace total de vide. S'ouvrant devant moi. Vacant. Comme une sorte de parenthèse. Temporelle. La poésie, de l'image me fit sourire.

D'un coup, je stoppais la Yamaha. Pour me tourner vers Thierry. Thierry n'avait pas bougé. La main encore en l'air. L'air idiot, du pote, qu'on abandonne. Je sais pas pourquoi, mais c'est là, que je compris. Comme dans un flash. Lui et moi. Qu'on allait plus se revoir. Pour un sacré bon bout de temps. Du moins, dans cette vie. Juste à cause d'un bête détail. Un petit truc. Idiot. Un pressentiment fugace. Le 6° sens du Flic, mettons.  

Pourtant, il n'y avait rien. Logiquement, rien. Rien de vraiment curieux. Rien d'anormal. Rien de magique, dans cet arrêt, de circulation. Même vu l'heure, avancée, de la matinée. A part ce truc étrange. Cet effet idiot, comme dans un film, qui me surprenait. Et m'amusait. A chaque fois. Un truc en apparence bizarre. Disons, plutôt surprenant. Eventuellement, pour le passant lambda. Ou l'observateur attentif. En fait, avec une explication. Très simple. Très matérielle. Plutôt anodine. Pour les résidents du coin. Et les occupants du Central XIII. Le flux automobile du boulevard, par intermittences, étant bloqué plus loin. Entre le grand axe, distributeur, de La Gare d'Austerlitz. Régulant le trafic, automobile invisible, le long de la Seine. Tout en bas du boulevard. Et la grande étoile, de l'échangeur circulaire des boulevards, de La Place d'Italie. Elle, toute proche. Le haut du boulevard de l'Hopital, où se trouvait le Central XIII, se situant entre les deux. C'est ballot. En fait, à la distance d'un seul feu rouge. Pas plus. De La Place d'Italie. Mitoyenne.

La fatigue de la nuit. Sans doute. Très vite, j'oubliais. En fait, l'histoire pour moi commençait. La petite musique me trottait déjà dans la tête. Version Thierry le champion du juke-box. Par Richard Anthony. Maintenant j'étais libre. Pour retrouver Sarine. Et le moment venu, Thierry serait là, où que je me trouve. Pour m'aider s'il le fallait. Tout le reste n'avait pas d'importance. Dans l'immédiat, il me fallait dégager, du Central XIII. Et pour ça, il y avait qu'une seule solution. Et pas deux. La particularité de construction, du Central XIII, ayant la bête forme d'un parallélépipède. En l'occurence, d'un cube. Bordé par deux rues étroites. Avec un petit détail. Toutes deux, en cul-de-sac, à sens interdit. Interdisant de rejoindre l'Avenue des Gobelins. Juste derrière. La seule solution de sortie, si on regarde un plan de Paris, étant le Boulevard de l'Hopital. C'est à dire juste devant moi. Pile-poil. L'ensemble des voitures de service, de Police du Central XIII, étant garées autour de l'esplanade. Donnant accès à l'escalier d'entrée du Central XIII. Au bas duquel, à cet instant, je me trouvais. La seule sortie praticable, à moto, était l'unique passage piéton. Reliant les deux côtés, du Boulevard de l'Hopital à cet instant toujours vide, à l'entrée du Central XIII. Et donc, la sortie obligatoire. L'explication exacte, de la topographie, peut paraître idiote. Ca a l'air de rien. Mais c'est important de bien préciser les choses. Avec les petits détails. Tout commence toujours comme ça. Par un bête truc. Relisez la découverte de la Loi de la gravité. Par Newton. (Eventuellement la version BD par Gotlib.) Ou la découverte de la relativité. Par Einstein. (Pour les flemmards, voir les meilleurs films, de Woody Allen.) Pour le principe d'Archimède, pas besoin, si vous prenez votre bain. (Si vous avez juste une douche revoyez votre Bac.) L'esprit asiatique lui ayant inventé la simplicité. Depuis Lao-Tseu. Avec la fine subtilité du casse-tête chinois. La solution semblait évidente. De facto. Et dans le cas présent.

Je regardais donc, à nouveau, le passage piéton. Vers lequel déjà, je repartais, sûr de mon coup. Encore au ralenti. M'arrêtant juste au bord de la chaussée. Pour jeter un coup d'oeil dans le rétroviseur. Dans le rétroviseur, je vis Thierry, la main toujours en l'air. Déjà, c'était un point rassurant. Tournant la tête, très vite de chaque côté pour vérifier, Thierry me fit un signe. De son pouce levé. Me confirmant bien, que sur le boulevard complètement désert, la voie était libre. Ca, c'était bien Thierry. Tout allait bien. Je pouvais y aller. Le pneu avant de la Yamaha était maintenant sur la chaussée. La route de la liberté s'ouvrait devant moi. Enfin, j'étais libre. Je remontais mon col. Cherchant la douce chaleur du foulard de Sarine. Pour me protéger le cou de l'air frais. Réalisant que je lui avais rendu. D'un coup me sentant, c'est idiot, comme soudain seul. Vulnérable. Au moindre souffle de vent. Machinalement, je regardais l'heure à ma montre. Elle s'était arrêtée. La pile sans doute. Marrant : 11h11. Et paf, l'inattendu. C'est là, que je le vis. 

L'ombre vivante, d'une boule de poils, sur le bitume. Rapide comme un éclair. Un ninja. En modèle réduit. A quatre pattes. Il allait passer juste devant ma roue. Un chat noir.

Je pilais sec. M'arrêtant net, de justesse. Le pneu avant collé à son trou de balle. Il se retourna pour me regarder. Me fixant droit dans les yeux. L'expression même, sans la parole, du même pas peur. Sans un seul miaulement. Comme pour me photographier. Puis il reprit sa route. La queue en l'air. Comme un point d'interrogation. Trottinant d'un pas tranquille. Vers un gars en face. Habillé tout en noir, immobile, qui semblait l'attendre. Pour le rejoindre, le chat devant traverser, le passage piéton. Donc, du Boulevard de l'Hopital. Après tout pourquoi pas. La preuve curieuse ou pas, de l'utilité, des passages piétons. Et du bon savoir-vivre. A cet instant, j'aurais pas dû sourire. Et faire davantage gaffe, disons, à tous ces petits signaux. N'ayant rien de logique. Comme quoi la possibilité, de la mécanique des effets du hasard, ne concerne pas que les Martini. Les Godo. Ou les Dupondt. Même sur plusieurs générations. Mais bien tout le monde.

Le chat continuait sa route. Sur le boulevard désert. Tanquille.

C'est à cet instant que surgit la Mercedes. En trombe. Déboitant d'un stationnement.

La voiture fonçait. A toute vitesse. Coupant le boulevard. En fait arrivant direct droit sur moi. Et le passage piéton. Où se trouvait le chat. Elle était déjà sur lui. Il n'avait pas une chance. D'un coup, je pensai à mon chat Tillon. Je mis un coup d'accélérateur. Pour couper la route à la voiture. La voiture me percuta de plein fouet. Je sentis le choc. Mais curieusement pas la douleur. Au contraire, je me sentis très léger. Un bref instant, ce fut comme si je voyais tout, autour de moi. A 360 degrés. Je pouvais presque toucher le ciel. Et les nuages. Un petit moineau passa, juste devant moi, me frôlant de ses plumes. Avec un piaillement de surprise. Je voyais Paris, comme avec des ailes, vu de très haut. Il faisait très beau. Le ciel était d'un bleu doux et calme. Quelques secondes, virevoltant comme ça dans l'air, j'embrassais Paris. Tous ses monuments. La Tour Eiffel. La Tour Montparnasse. L'Arc de Triomphe. Le Panthéon. Tous les clochers, de ses églises, et de ses temples. Le Minaret face au Jardin des Plantes. Le toit rouge de La Pagode, en construction, vers Le Pont de Charenton. Et juste devant La Basilique Montmartre, sur sa butte perchée là-bas tout au loin, le fronton de La Grande Synagogue. Devant laquelle, on s'était rencontré, Thierry et moi. La toute première fois. De notre première équipe de garde de nuit. Je me dis que Paris était beau. Je me dis en fait, que le monde entier, était très beau. En définitive. Même avec les méchants. Les plus intelligents des méchants. Et les plus idiots que méchants. Les Frères Dupondt. Les Godo. Ou les Martini. Durant quelques secondes, tout le contenu d'actes de mon existence, me parut insignifiant. Dérisoire et présomptueux. Bref, bêtement inutile. Comparé à la plénitude, et à l'incroyable grâce, de voler sans entraves. De ne plus appartenir, à la pesanteur physique, de mon propre corps. Une mouche vint taper, dans la visière de mon casque, avant de rebondir. Etourdie par le choc. Et se perdre dans l'air. En petits zig-zag rigolos. J'eus le temps de voir Martini à sa fenêtre. S'essuyant le crâne avec un kleenex. Le visage tout rouge. L'air furax. Et le gros pigeon, au-dessus de la fenêtre de Martini, s'envoler d'un coup. Chassé par Martini. Puis brusquement, je me vis retomber, comme une pierre. Vers le Central XIII. Où tous les copains, du Central XIII, venaient de s'attrouper. Sur la grande esplanade, maintenant pleine, d'uniformes et de casquettes. Tandis qu'un colosse courait. A fond la caisse. Sa kippa sur la tête. Dans le Boulevard de l'Hopital. Totalement désert. C'était Thierry tout seul, au pas de course, qui tirait sur la Mercedes. Vidant le barillet de son Manuhrin. J'entendis très nettement, le bruit, de tous les six impacts. Plic-plic-plic-plic-plic. Sur la tôle blindée de la Mercedes. Et le ploc, du coup raté. Arrachant un bout de bitume. Et en même temps. Le juron très malpoli, d'un des deux Dupondt, le plus crétin des deux. Dont le ricochet de la balle, perdue, se planta dans la fesse. Tandis que Thierry courait toujours. Tout seul. Là-bas. Dans le grand boulevard vide. Hurlant. En vain.

J'eus le temps de lire, la plaque de la Mercedes, qui s'échappait. Et son numéro. Avec le CD du corps diplomatique. Je reconnus la Mercedes, du Bois de Boulogne, qui nous avait croisés. Tout au début. Puis je vis la Yamaha, et mon corps disloqué, beaucoup plus loin. Un instant, je me mis à rouler comme une boule folle. Ma visière sous le choc s'était relevée. Je vis le chat noir. Il s'approchait de moi. D'un petit pas rapide, au ras de la chaussée, les oreilles dressées. Ronronnant doucement. Me reniflant d'abord. Tentant de me faire rouler. Avec sa patte. Avant de me lécher. D'un petit coup rapide avec sa langue. Comme pour me débarbouiller. Ou me donner un bisou. Et filer direct vers l'homme, qui l'attendait, immobile sur le trottoir. L'homme en noir était jeune. Et avait c'est bizarre, le visage du vieux sage, de Chinatown. Il me regardait. D'un oeil calme, et serein, comme amusé. Sans un mot. L'air du gars, qui s'apprête à faire, une bonne blague. Avant de prendre mon visage. Pouf, d'un coup. Puis disparaître. Je me dis que c'était totalement idiot. L'effet du choc. Puis je vis arriver Thierry. Il se pencha bizarrement. Je sais pas pourquoi. A quatre pattes, vers moi au sol, pour me parler. Mais déjà j'entendais plus rien. J'essayais d'ouvrir la bouche, pour lui répondre, mais aucun son ne sortait de ma bouche. Vraiment, très embêtant. Je voulais juste lui dire que c'était pas grave. Puisque je sentais rien. Pas de quoi s'en faire. Puisque j'avais rien. Et que je l'aimais bien aussi. Mais qu'il devrait changer de marque de dentifrice. Même si je pouvais pas lui dire. Ce fut à cet instant que tout s'arrêta. D'un coup brutal. Inattendu. Comme on éteint un écran de télé. Et je ne vis plus rien.

Comme dans une salle de cinéma, dans ce grand noir, passa ma vie en accélérée. De mon enfance jusqu'à l'instant présent. Avec toutes les personnes que j'aimais. Mon chien. Et mon chat, compris. Puis d'un coup, l'écran se figea, sur un seul visage. Celui de Sarine. Sarine en gros plan. Sarine immobile. Silencieuse. L'air lointain. Et pourtant, qui me souriait. Tandis que j'entendais, ma voix, lui dire doucement : ce poème.

"Adieu au monde; adieu au jour, à la nuit;

Nous qui nous promenons dans cette vie,

Comme sur une route, du début à sa fin,

A quoi peut-on donc le mieux nous comparer;

A la gelée blanche peut-être... sur le chemin,

Disparaissant à chaque nouveau pas en avant;

Ce rêve d'un rêve est ainsi plein de tourments."

Chikamatsu Monzaemon. Grand Dramaturge du Japon 1653-1724.
(Son génie donna ses lettres de noblesse au 1er Théâtre Kabuki.)

Le visage de Sarine, soudain, devint tout triste. Ses yeux s'embuèrent. Comme dans l'enfance. Lorsqu'elle me demandait, devant le Mékong, ce qu'il pouvait bien y avoir. Au-delà du fleuve. Alors, je m'entendis continuer. Pour la rassurer. Pour pas la faire pleurer.

"Alors, prenant une barque

Je m'éloignerai lentement de la rive; sans but

Le coeur plein d'une infinie, et belle tristesse.

Il est bien vrai que les vicissitudes, les joies,

En ce monde ne sont que rêves dans d'autres rêves;

Comme la floraison des fleurs, du Printemps Högen,

Et les feuilles rouges aussi des érables de l'Automne de Juei."

Zeami ou Kanze Motokiyo. Poète et Acteur Japonais, 1364-1443.
(Fondateur avec son père Kan'ami 1333-1384 du 1er Théâtre Nô.)

 

 

 


Sarine sourit. Et lentement disparut. Et puis... il n'y eut rien d'autre.

C'est à cet instant, je crois bien, que je réalisais : que j'étais mort.

 


A SUIVRE... LA FIN.
(DISONS, L'ENIGME DU BUSHI.)

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