L1ntrouvable

SNAPS-SHOTS :
(Clichés / Instantanés improbables, n°1.)

L1ntrouvable alias CATSECRET The Original@ne

 

 


A SANTIAGO DE CUBA...

(TAKE / 1.)

L'homme qui mâchonnait son gros Havane prit les clefs de sa Cadillac vert pomme, qu'il avait achetée à un vieux marchand de tapas au bord de la faillite, un jour de chance en jouant à la roulette russe. En ne donnant qu'un déclic, sans faire tourner le barillet, comme c'était la règle.

LA JOLIE FILLE EN BOLERO A DENTELLES DANS LA CADILLAC...

(TAKE / 2.)

Sa jupe de coton blanc brodée à la mode cubaine retroussée très haut sur ses jambes, tirant un gros Havane de la boîte à gants pour le faire rouler sur la douce peau de ses cuisses en sueur, le pinça délicatement entre ses jolies lèvres purpurines. Pensant à la verge de son bel amant, à cause de ses parents congaçeiros, qu'elle avait dû laisser quelque part en France.

SUR LA ROUTE LE LONG DU BORD DE MER LONGEANT UN LAGON TURQUOISE...

(TAKE / 3.)

La fille en boléro à dentelles fumant rêveusement son cigare à côté de l'homme au volant de la Cadillac qui ne l'avait pas encore aperçue, tourna la tête vers une petite culotte blanche qu'un coup de vent fit virevolter sur le tarmac brûlant. Loin de la jolie fille à la peau de caramel doré, qui bronzait nue en s'offrant au soleil des Caraïbes, sur un rocher de lave noire du lagon.

LE RYTHME DE LA SALSA DIFFUSE PAR L'AUTO-RADIO EN INOX...

(TAKE / 4.)

Soudain mêlé au bruit du ressac de l'écume des vagues, qui venait lécher son corps de liane mordoré par le soleil, fit se retourner la jolie fille vers la Cadillac vert pomme. La fille au Havane, dans son joli boléro blanc à dentelles, écrasa son cigare dans le cendrier en chrome.

PENDANT CE TEMPS AU LARGE DE FORTALERZA...

(TAKE / 5.)

Sur le pont en bois d'acacia encaustiqué d'une vieille goëlette qui venait de quitter un bassin de radoub, toute pimpante de son ravalement de peinture fraîche et blanche, une femme à la peau tatouée et aux bracelets d'or, les yeux étincelants d'une étrange lueur, s'approchait de l'homme qui tenait la barre. Indifférente au souffle des alizés, qui soulevaient sa robe de tulle transparente, et sous laquelle elle ne portait rien.

ACCROCHE A UNE ALLUMETTE AMERICAINE ENTRE SES DENTS BLANCHES...

(TAKE / 6.)

Son regard bleu délavé par les norois, rendu transparent par la lumière aveuglante de l'océan, l'homme à la barre fixait l'aiguille aimantée de la boussole en laiton. Ses mains tanées par le soleil du Pacifique, traçant un cap vers l'horizon, en rêvant à la jolie métisse qu'il avait laissée à Bahia, lui rappelant un amour perdu.

DANS LA CASCADE METALLIQUE DU CLIQUETIS DE SES BRACELETS D'OR FIN...

(TAKE / 7.)

L'espace d'un instant, qui coupa le souffle des alizés dans la toile de jute roide des voiles, figeant le mouvement de l'océan comme à l'étale, la femme à la peau tatouée décrocha de la roue du gouvernail d'acier la main calleuse de l'homme au regard rivé sur l'horizon; la posant juste sur un de ses deux seins fermes, à-travers la fine tiédeur de tulle transparent de la robe, sous laquelle il pouvait sentir frémir son petit téton dur, et palpiter son coeur. Ouvrant la paume de l'homme pour y lire dedans sans dire un mot, elle lui referma doucement la main en souriant sans le regarder; ses lèvres à la couleur de rouge corail découvrant ses dents d'ivoire blanc.

AU DERNIER DECLIC DE SES BRACELETS D'OR...

(TAKE / 8.)

Le souffle doux des alizés reprit, faisant danser la goëlette; et la femme à la peau tatouée tourna le dos. Laissant l'homme seul au gouvernail regarder sa main vide.

A BAHIA DAO BRAZIL...

(TAKE / 9.)

Une jolie métisse au visage couleur d'amande douce et à la peau fine comme de la soie, tout à sa joie d'essayer une riche robe de samba pailletée de perles et d'argent dans la boutique d'une misérable favela, brisa un verre de cristal blanc qui tomba dans un bruit sec et se coupa net en deux. Ses yeux de biche à l'iris d'un pâle lilas, une seconde avant scintillants d'allégresse, au son d'un fado montant soudain vers le soleil à son zénith, se tournèrent vers l'horizon étal du Pacifique.
 

AU BOUT DU WHARF DANS SA CADILLAC VERT POMME...

(TAKE / 10.)

Le Cubain au volant tira de la poche de son costume d'alpaga une pièce d'1$ or; la faisant rouler entre son pouce et son index aux ongles manucurés, il tourna le cadre en chromolux de son rétro vers une plantation de sucre côtière. Ignorant la jolie fille en boléro de dentelles blanc, à l'abri du rocher de lave noire qui caressait la peau cuivrée de la fille nue face au vent du large, il ajusta son Panama, et refermant la portière de la Cadillac, alla jeter le dollar d'or dans l'océan.

SUR L'UNDERWOOD DE FONTE EN LAQUE NOIRE...

Il pouvait c'était le seul avantage déchirer les pages blanches. Il suffisait d'en reprendre une autre. Et de recommencer. Mais alors ce qu'il avait écrit était irrémédiablement déchiré.

La frappe virtuelle du clavier de l'ordinateur, tout en gardant le texte, lui permet de l'effacer pour recommencer. Conservant ces ébauches d'histoire comme autant d'instantanés. Des clichés de romans à l'eau-de-rose. Dont il ne se servira jamais.

De quoi voulait-il parler. De Cuba et d'une femme. A travers le portrait d'une femme plus exactement de ce qui se passe pour le quotidien d'une femme à Cuba. Cherchant dans des clichés pour midinettes les débuts de son histoire. Mais cette histoire n'a pas de titre. Cette femme n'a pas de nom. Elle s'appelle peut-être Maria. Ou Rosa. Peu importe. Elle existe là-bas et elle est très jolie. Etant très jolie paradoxalement elle n'a pourtant pas d'horizon. A part celui peut-être de l'océan. Mais l'océan lui-même pour elle n'est qu'une image de carte postale. Un instantané en Ekta-chrome pour les touristes. Si elle ne veut dépendre de personne elle doit gagner chaque jour quelques pesos. Pour ne pas se donner. Parce que justement elle est trop jolie. Pour ne pas flétrir avant l'âge la jolie peau douce de ses doigts sans vernis et celle de son visage sans maquillage, bien plus beau que celui d'un top-model ou de la playmate du mois en page centrale de Playboy, dans quelque plantation de sucre ou l'empaquetage dans une mine de nickel ou d'usine d'agrumes, elle a trouvé pour elle la meilleure solution c'est dêtre bonne.

Elle travaille disons à l'Hôtel Presidente 4 étoiles situé près du Théâtre Amadéo Roldon. Non loin de Melecon. Un Hôtel datant des années 20 avec 158 chambres climatisées. Douche et baignoire, sèche-cheveux, TV câblée, téléphone, coffre-fort, mini-bar, piscine gratuite de 9h à 19h. Alors que dans sa case de terre battue au toit de tôle ondulée elle n'a rien de tout ça. Elle n'a pas le temps d'aller à la plage. Elle n'a plus le temps de rêver ni l'envie de se caresser en rêvant. Mais comme elle est jolie, et polie, elle subit chaque jour sans rien dire. Attendant une place de libre dans l'Hôtel Iberostar Tainos où elle rêve d'aller travailler. Le long d'une plage de sable blanc à 15mn du centre de Varadero. Ou le plus beau c'est son seul idéal immédiat si c'était possible. L'Hôtel Mercure Sevilla. Un cadre historique de 178 chambres, très classe, tout proche du centre du Prado touristique. A 25mn de l'aéroport et à 15kms des premières plages.

Le soir venu où elle choisira l'homme qu'elle veut. Tandis qu'il la prendra pour quelques pesos non cubains mais convertibles en dollars. Et que libre dans sa tête elle fredonnera le refrain de Pedro Figueredo.

"En cadena vivir, es vivir."


SNAPS-SHOTS, by L1ntrouvable.
"Clichés / Instantanés improbables."

CATSECRET
The Original@ne

Dépôt Texte SACD (Création Originale dans auf.com : le 6 Août 2008.)