Le petit Théâtre de 0h

CALL-BOY@
"The Blue Note", by CATSECRET The Original@ne.

(Edition dans LE PETIT THEATRE DE 0h, auf.com : le 29 Septembre 2008.)

 


PERSONNAGES :

 

CHRIS : (Etudiant.)

ROLAND : (Etudiant.)

LA DAME AU DIABOLO-MENTHE.

LE MONSIEUR TRES POLI.

LEON : (Le Garçon de Café.)

 

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ACTE 1.

 

 

-Et pour madame, ce sera ?

-Un Diabolo-menthe.

-Et un Diabolo-menthe. Un...

-Vous avez l'heure, s.v.p ?

-23h30. Mais cette brasserie reste ouverte jusqu'à 3h du matin, ma p'tite dame.

-Je sais, merci. La salle de jazz ouvre à quelle heure ?

-A l'instant.

-Il faut prendre un ticket ?

-A la caisse. Mais il vous faudra attendre un peu. Il n'y a encore personne en bas.

-Ah ! bon.

-Vous attendiez quelqu'un ?

-Non... non... c'était juste pour savoir.

-Et voilà votre Diabolo. Bonne soirée, ma p'tite dame.

-Mais ce n'est pas un Diabolo-menthe !

-C'est pas ce que avez demandé ?

-Si. Mais celui-ci n'est pas vert !

-C'est sans colorant, madame. Vous n'aviez pas précisé.

-On peut changer ?

-C'est la même chose, ma p'tite dame !

-Ecoutez : je vous ai commandé un Diabolo-menthe. Si je veux de la menthe avec colorant c'est mon droit, non ?

-C'est ce qu'on sert, d'habitude.

-Je veux du sirop de menthe. Vert. Je trouve qu'elle a meilleur goût. Si vous ne pouvez pas, servez-moi, n'importe quoi d'autre. Mais de couleur verte.

-Bon, je vais voir s'il en reste.

-Hep, garçon ?

-Un moment, monsieur. Voilà... c'est arrangé, madame. Oui, vous désirez monsieur ?

-Un Diabolo-menthe, s.v.p !

-Avec ou sans colorant ?

-Il y a une différence ?

-Menthe verte ou menthe blanche ? Avec colorant c'est vert. Sans colorant, c'est blanc.

-Ah, je n'avais pas pensé à ça ! Alors, une menthe verte. Sans ça, une liqueur quelconque, mais verte...

-Et deux menthes vertes. Deux.

-Hep, garçon ! Attendez ! Quelqu'un d'autre a commandé une menthe verte ?

-La p'tite mignonne, juste en face, vous la voyez ? Elle m'a refusé un Diabolo-menthe, sans colorant.

-Oui, et alors ?

-Ben, des clients comme vous j'en vois pas tous les jours.

-Embêtant ça. Je savais pas qu'il existait de la menthe sans colorant.

-Orange. Grenadine. Citron. Cassis. A un moment ça a été la folie des E...

-Des E ?

-Des E 100 et des E 400. Tout ce qui contenait des colorants, avec ces chiffres, et la lettre E faisait fuir le client ! Alors, on a été obligé de changer tout le stock. Et maintenant c'est l'inverse. Les gens croient qu'il faut davantage de colorant, au contraire, pour donner du goût à un sirop... sans couleur. N'importe quoi. 

-Garçon ?

-Voilà madame... votre Diabolo-menthe, monsieur !

-Je peux m'asseoir, mademoiselle ?

-Euh... oui.

-Merci. Vous n'auriez pas passé une annonce dans un grand hebdomadaire ? Par hasard ?

-Pardon ?

-Vous ne seriez pas la référence R 300 C ?!

-Mais... pourquoi cette question ?

-La référence R 286 C 117, c'est moi.

-Le style chic, l'homme choc ? C'est vous ?

-Un sourire qui appelle au bonheur ? Si c'est vous, c'est bien moi.

-On peut dire que vous trompez votre monde, vous. Surtout au téléphone. Je vous donnais la quarantaine. Mais... quel âge avez-vous ?

-Ce genre de question est vraiment utile ?

-Vous avez passé votre Bac, au moins ?

-Avec mention. Et je suis majeur et vacciné. Pourquoi ?

-Vous êtes très jeune. Enfin... je veux dire...

-Vingt-cinq ans. Mais j'ai toujours fait plus jeune que mon âge.

-Vous ne faites pas que le paraître...

-Je n'ai jamais attaché d'importance à l'âge. Et vous ?

-Non. Bien sûr... mais...

-Trois ou quatre ans de différence entre un homme et une femme ça n'a jamais choqué personne.

-Trois ou quatre ans de différence, vous savez, ça commence à compter pour une femme qui aborde... disons... la trentaine... comme moi.

-Non ?! Vous voulez dire que vous avez trente ans ?

-Ca vous étonne ou ça vous effraye ?

-Ni l'un ni l'autre. Vous ne les faites vraiment pas. Je vous donnais mon âge. Vous êtes plutôt bien roulée...

-Merci, pour le bien roulée. Vous auriez pu dire conservée. Etudiant ?

-En Physio. Je veux faire kinési.

-Tiens... j'ai fait Physio, moi aussi. Dans le temps. Qu'est-ce que vous étudiez ?

-En vérité, je rame un max. Ce qui craint le plus c'est les applications sur les variations de l'énergie interne. Je cale sur l'algèbre.

-Ah ! Et dans la vie ? A part les études ?

-J'adore le jazz. Surtout le blues. Mais il n'y a pas beaucoup de boîtes, à Paris, où on peut en entendre du vrai. La Blue Note, quoi. A part ici. Il y a une chouette salle en sous-sol. Vous savez quoi ?

-Non...

-J'ai même rencontré, un jour ici, Memphis Slim... himself. En personne. Assis à cette table, là-bas. Impressionnant le mec ! Des épaules larges comme un Steinway. Et vous ?

-Je n'ai pas les épaules de Memphis Slim. Ni la poitrine de Pamela Anderson, déçu ?

-Les poitrines gonflées aux injections de silicone, très peu pour moi. Je les préfère dans votre genre. Si c'est ce que vous voulez dire.

-Merci...

-Pas de quoi. Et vous, dans la vie ? Vous faites quoi ?

-Je voyage pas mal. Avec mon mari.

-Je vous voyais pas comme ça, au téléphone. Plutôt indépendante. Disons, libre.

-Vous auriez dû passer sur msn. En webcam, ça n'aurait pas été plus facile ?

-Ah, non. Je déteste. Je préfère le mystère.

-Hmmm, mettons.

-Vous êtes mariée, vraiment ?

-Oui.

-Laissez-moi deviner. Genre... homme d'affaires. Ou cadre supérieur. Ennuyeux. Architecte. Tout le temps dans ses papiers. Ou alors, toujours en voyage. Et qui passe ses soirées à étudier son planning quand il est chez lui. C'est à dire, rarement... je brûle ?

-L'analyse n'est pas tout à fait exacte. Plutôt lecteur de magazines spécialisés, disons.

-C'est pas croyable ! Avec une nana comme vous ?

-Je suis très large d'idées, vous savez. D'ailleurs, c'est moi-même qui lui aide à choisir. Je ne suis pas jalouse de rencontres dans ce genre. A condition que ça ne dure pas plus qu'un soir.

-Je vois... Vous faites tout ensemble. Mais chacun de votre côté.

-En quelque sorte. Un jour on a été à Bangkok. Je l'ai emmené dans un salon de massage Thaïlandais. C'est moi-même qui ai choisi sa masseuse. J'y ai absolument tenu. Je lui ai commandé un spécial.

-Et pour vous ?

-Un simple. Mais je crois que ce genre de conversation limite plutôt la soirée, non ?

-Tout dépend de ce que vous en attendez.

-C'est à dire ?

-Sur l'annonce vous disiez : "Jeune-femme cherche monsieur jeune et dynamique pour l'aider à passer soirées surprenantes." On était bien d'accord, non ?

-Au téléphone, oui. Mais...

-Jeune et dynamique, c'est une affaire réglée. Pour le surprenant... vous n'avez qu'à suivre le guide.

-Au moins, vous savez ce que vous voulez. Mais continuer plus loin ne serait pas honnête de ma part. Vous seriez déçu de votre soirée.

-J'en suis que pour mes frais. Un Diabolo-menthe. Qu'est-ce que je risque ?

-Vous retombez toujours sur vos pattes !

-C'est tout ce que je peux vous offrir. Désolé. Pour le reste... il ne tient qu'à vous de prendre le risque.

-Après tout, pourquoi pas ? Mais à une condition.

-Laquelle ?

-Que vous ne m'entraîniez pas trop loin, c'est promis ?

-A vous de choisir. En sous-sol, on donne un quartet de blues. Mais j'ai le même, en version originale, dans ma chambre. Et c'est à deux pas.

-Je n'ai pas passé la nuit dans une chambre d'étudiant. Depuis longtemps.

-Dans ce cas... garçon, l'addition !

-Non, laissez. C'est pour moi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 (MUSIQUE.)

1° Diffusion, France Inter 1984-1985. Avec Thierry Beccaro.

30 ans avant J'préfère qu'on reste amis pièce de L. Ruquier.