Les Polars de Catsecret@

HISTOIRE D'ELLA  by CATSECRET The Original@ne

"Ella" (ou) La Djinniya, Histoire de Mamode.

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Dépôt Texte SACD - Date 1° Création Texte 1987-1988.

Les Tropiques Fantastiques série Escale à La Réunion.

(1ère Edition Originale dans auf.com le 29 Mars 2008.)

 

 

PART 1 :
(Prologue.)

Trois Bassins, 5h du matin.

Je venais de quitter la route de la côte. Et la N1. Le ciel devînt d'un gris de plomb. Une pluie tomba. Brusque. Lourde. Telle un piège. J'accélérai. Je dus accélérer. Je devais gagner les hauteurs. Et quitter la route de la Falaise, qui me piégeait, entre la falaise et l'abrupt de l'Océan Indien. Des phares surgirent, d'un coup. Instinctivement, j'allumai ceux de la BM. Je vis les roues énormes du tracteur me frôler. J'entendis le rugissement, du moteur, qui m'évitait de justesse. Le tracteur fit une brusque embardée. Allant arracher la boue et la pierraille du talus. C'était déjà un signe. Mektoub.

Joseph P. descendit de son tracteur. Mais sur la route il n'y avait plus rien. C'est à dire aucune voiture. Aucune lueur de feux de position. Aucune lueur de phares. S'il n'y avait pas son tracteur, le moteur encore enfoncé dans le talus, il aurait pu croire qu'il avait rêvé. Sur l'instant, il ne chercha pas à comprendre. Il pleuvait trop. Il faisait froid. Il remonta dans la chaleur de sa cabine, climatisée, et remit le contact de son tracteur. Puis Joseph P. reprit sa route. Bien droite d'honnête homme. Vers les hauteurs de Mafate. Il aurait été incapable de dire la couleur, ni la marque, de la voiture qu'il venait de croiser. Et qu'il avait failli couper en deux avec son tracteur. Ce ne fut qu'en revenant à sa plantation, où le camion de ramassage de cannes à sucre terminait son ramassage quotidien, qu'il l'apprit par le flash d'info dans l'auto-radio de l'employé. La nouvelle faisait le tour de l'île. Il n'y avait aucune autre route, à part la CD3, qui s'embranchait de la N1 pour rejoindre les contreforts de Mafate. Et passait juste devant sa petite plantation.

La Saline les Hauts, 5h15 : même jour.

Un quart d'heure plus tard et toujours sur la CD3, je crevai un pneu. Je réussis à traîner la BM, sur sa jante vide, jusque dans un champ de vanille. Puis je commençai à démonter le pneu. Dix minutes plus tard, j'étais mouillé jusqu'aux os, j'étais en sueur, j'avais faim, j'avais sommeil, et j'étais toujours au même point. J'envoyais se faire voir tous les cultivateurs de cannes à sucre avec ou sans tracteur, et surtout les cons, qui se baladaient en BMW série 7 dernier modèle flambant neuf. Avec une roue de secours à plat dans le coffre. Devant l'appréciation de la syntaxe de mon langage un grand silence se fit soudain. A cet instant, j'aurais voulu foutre un grand coup de pied au cul du monde, et j'en avais la force. Et c'est là qu'il faut, marmaille qui écoutez mon histoire, toujours bien vous souvenir de ceci. La colère et la vulgarité ne servent qu'à vous enfoncer encore plus dans la boue. Quand vous y êtes réfléchissez pourquoi vous y êtes et ne vous en prenez qu'à vous-même. Et si je m'étais simplement souvenu de ça, peut-être, n'aurais-je pas fait ce qui va suivre. Ou en tout cas j'avais une chance d'éviter de le faire. Pardon ? Sans ça il n'y aurait pas d'histoire ? Vous avez raison, reprenons.

La Montagne, St-Denis (le même matin.)

Je venais donc de m'apercevoir que je n'avais pas de roue de secours, et que ce monde  décidément n'était pas parfait, lorsque j'entendis repartir la camionnette Peugeot qui m'observait depuis au moins cinq bonnes minutes. La même dite camionnette Peugeot s'arrêtant, une demi-heure plus tard, au centre de la Gendarmerie de St-Denis. Le tas de tôle appartenait à Maurice L. Vétérinaire. Maurice L. venait signaler une BMW série 7, dernier modèle flambant neuf, couleur gris anthracite, curieusement à l'arrêt et tombée en panne. Dont le stationnement saugrenu dans un champ de récolte de vanille, protégée par la loi, n'aurait pas forcément attiré plus que ça son attention. Si ce champ de vanille ne lui avait pas appartenu. De ce fait, il avait porté son regard sur la plaque d'immatriculation. Terminée par un 75. Numéro que toutes les stations de radio de l'île, RFisées ou pirates, rappelaient à chaque flash depuis ce matin. Ce en quoi la véracité de son témoignage fut peu après confirmée par la déposition de Joseph P. Profession cultivateur de canne à sucre à Trois Bassins. Cette déposition elle-même corroborée par le conducteur du camion de ramassage. Lui, citoyen anonyme. Les deux hommes venant de précéder Maurice L. à la Montagne. Siège de la Gendarmerie de l'île. Quelques minutes à peine, auparavant.

Le hasard qui venait de placer ces trois hommes, sur ma route, en ce même lieu et pratiquement au même moment. La présence et le motif de ma place dans cette BMW sur cette route à cet instant précis. Le fait que j'eus choisi de voler cette BMW série 7 flambant neuf, immatriculée d'un 75, plutôt que n'importe quel autre véhicule immatriculé d'un numéro de l'île. Tout cela, formait déjà les lignes de la figure abstraite, où l'ensemble d'actes de mon existence allait se condenser. L'intrusion du dernier élément, qui allait en sceller le noeud Gordien, manquait cependant encore.

 

 

 

 

 

(A SUIVRE)