THE TALES OF CAT_THE_CHAT@

LES SUBTILES :
"Portraits éphémères", by CATSECRET The Original@ne

Dépôt Texte SACD Création Originale sur auf.com : Sept-Octobre 2007.

 

 

PORTRAIT (1) :

On la voit courir, dans les rues, au petit matin. Comme n'importe quelle joggeuse.

Juste un petit pantalon de flanelle fin. Sous lequel on devine sa petite culotte : très sage. Et ses jolies petites fesses. Le temps de s'en apercevoir elle passe. Elle avance depuis quand, comme ça, sans s'arrêter un seul instant. Elle seule le sait. En l'observant mieux pourtant, on pourrait voir, comme une sorte de plaisir. Dans son regard. Mais le temps de voir : il est trop tard pour comprendre. Elle semble ainsi avancer sans devoir s'arrêter. Comme vers un rendez-vous important. Poussée comme par une force étrange. Caressée dans sa course, par l'air qui traverse le mince tissu, qui la recouvre à peine. Comme si elle était nue. Sous son sweat, ses petits seins, flottent gracieusement. Maintenus par un soutien-gorge léger. Elle a noué ses cheveux, en queue de cheval, qui bat sur ses reins. Au fur et à mesure, on voit la transpiration imbiber de larges taches, le mince tissu de flanelle. Sa respiration est fluide. Et pourtant comme étrangement sensuelle. Elle avance ainsi, rapidement, entre les rares passants. Qu'elle croise et dépasse. Avec grâce. Et élégance. Personne ne fait attention à elle. L'indifférence des regards la rend invisible. Pour qui sait bien observer, c'est évident elle semble pourtant bien avancer, comme vers un but. Mais lequel. Vers une destination, précise, connue d'elle seule. Comme une messagère porteuse d'un mystérieux secret. Mais voilà. Personne ne peut comprendre comment elle prend ainsi son plaisir. Et bien malin celui qui peut s'en apercevoir. Une simple joggeuse, quoi de plus banal. Et c'est cela qui l'excite, sans doute peut-être bien, au plus haut point. Elle ne peut s'empêcher de sourire, en croisant au hasard dans sa course, d'autres joggers matinaux. Qui soufflent et peinent. Elle : elle court chaque matin vers son but. Avec plaisir et sans fatigue. Plus elle court moins elle peut s'arrêter. Et elle seule sait pourquoi. Souvent elle se demande, comment d'autres femmes, n'ont jamais pensé à ça. C'est si simple. Et c'est si facile. Avec l'avantage du plaisir de garder la ligne. Le plaisir incroyable qu'on peut retirer. Juste de ça.

La sueur maintenant, lui descend délicieusement, le long des reins. Graduellement. De plus en plus bas. Son pantalon et son sweat sont trempés. Elle plus elle sue, plus elle sait qu'elle peut avancer, encore plus loin. Dans le plaisir. Quoi de plus normal, et banal, pour une joggeuse. Il n'y a qu'elle pour savoir. Plus sa peau devient moite, plus la transpiration détrempe ses vêtements, plus elle progresse dans son plaisir. A l'insu de tous, totalement libre, d'elle-même. Avec une impunité totale. Un petit plaisir personnel. Elle seule, sait. Elle seule, peut savoir. Elle seule, pour ressentir cette délicieuse humidité, qui l'inonde. Elle seule, pour commander ce plaisir. Ce désir de jouissance. Cette envie qui la tire de son lit. Chaque matin. Chaque fois, plus impatiente. Chaque fois plus excitée à l'idée de le renouveler. Chaque jour, plus délicieusement encore. Chaque jour ignorant, elle-même, où il va la surprendre. Encore plus fort. Encore plus intensément. Encore plus impunément. Son temps est chronométré sur le même horaire. Après, elle le sait : il sera trop tard. Elle devra rentrer chez elle pour prendre sa douche. Partir vers son travail. Se refondre dans la masse. Redevenir une simple passante, anonyme. Une femme dans la foule comme n'importe quelle autre. Mais à cet instant encore, elle court. Pour profiter au maximum de ces brefs instants délicieux. De ce plaisir, qui lui mouille, tout le corps. Ce plaisir qui trempe sa petite culotte sans que personne ne s'en aperçoive. Elle regarde l'heure à sa montre. Il lui reste encore peu de temps. Après, il sera trop tard. Il faudra qu'elle rentre. Il lui faut faire vite maintenant pour atteindre son plaisir. Pour qu'il soit vraiment complet. Elle seule sait : où, quand, et comment... le trouver. Enfin, elle voit cette silhouette au loin. Cet inconnu qui avance sur le trottoir. Comme tous les matins, il est là. Exactement, à l'heure. C'est à cet instant, précis et subtil, que tout va se jouer. Comme tous les matins. Elle presse le pas.

C'est à cet instant, qu'il la voit arriver, encore de loin. A cet instant encore, il ne pense à rien de précis. Il ne l'a même pas vue. Ou s'il la vue, disons qu'il la regarde encore, sans la voir. Comme tous les matins, il avance machinalement, sans rien regarder. Ce n'est qu'à quelques mètres de lui qu'il la voit vraiment. Enfin. Elle arrive droit sur lui. Exprès, pour qu'il lève les yeux sur elle. Enfin, il la regarde. Et c'est à cet instant seulement, en quelques secondes, qu'il enregistre un détail. Un détail idiot. Juste au moment où elle le croise. Où elle fait juste un écart. Pour ne pas le percuter. Elle lui sourit. Elle a les joues en feu. Son regard est planté : droit dans le sien. Elle lui sourit, comme si elle le connaissait. Mais il ne la connait pas. Peut-être, juste de vue. Pour l'avoir vue courir chaque matin. A l'heure, où il sort de chez lui. Et c'est là dans le bref instant, où ses yeux se fixent dans les siens, qu'il voit que quelque chose se passe. Il voit d'un coup son regard. Ce regard est celui d'une femme qui prend son plaisir en direct. Sur l'instant, il ne comprend rien. Il ne peut évidement : rien comprendre. Ce n'est que lorsqu'elle l'a dépassé, qu'elle le sent enfin dans son dos, se retourner juste sur elle. Pourquoi, il ne sait pas. Mais il se retourne pour la regarder. Enfin, il l'a vue. Mais elle l'a dépassé. Elle ne se retourne pas. Elle est déjà loin. Et ainsi, il ne peut pas la voir... quand elle jouit. Personne ne peut voir. Personne ne peut comprendre. Un jeu subtil.

Juste entre deux petites balles de ping-pong.

 

 

 

 

 

 

 

(CATSECRET)